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Roman noir

Roman noir

La nuit, lorsque le sommeil se fait attendre, notre imagination vagabonde et peut partir dans toutes sortes de directions plus ou moins délirantes. Mais il arrive aussi que naissent des réflexions nouvelles, fertiles et assez raisonnables pour que l’on décide le matin au réveil de les reprendre, les enrichir et les structurer en se mettant au clavier comme je le fais dans cette nouvelle matinée de confinement « coronavirus ».

Les catastrophistes et augures de l’effondrement de la civilisation humaine sont devenus très à la mode depuis que les scientifiques nous alertent sur les conséquences et l’évolution possible du dérèglement climatique. Il y a encore six mois, si certains d’entre eux nous avaient prédit qu’en 2019, au commencement de l’hiver, surgirait un virus dans la Chine lointaine, qu’il se répandrait en quelques mois à la planète entière, et que nous, Français, verrions l’une de nos libertés fondamentales, celle d’aller et venir, de rencontrer qui l’on veut, de simplement sortir de chez soi, de flâner dans un parc ou le long d’une plage, et encore de marcher dans une forêt ou dans la montagne, que cette liberté de se déplacer nous serait donc supprimée pour éviter la propagation du virus, alors nous aurions pensé qu’un tel scénario ne pouvait avoir un semblant de crédibilité et relevait de l’imagination fantasmagorique d’un auteur de roman noir.

D’ailleurs, certains auteurs ne se sont pas privés de décrire de telles situations, mais une fois de plus, la réalité est venue brusquement surpasser l’imagination des prophètes de l’apocalypse ou des scénaristes les plus fantasques. J’ai donc moi-même échafaudé au cours de ma nuit de sommeil discontinu un scénario dont je laisse au lecteur le soin d’évaluer le niveau d’invraisemblance maintenant que nous sommes « enfermés » dans la situation totalement inédite du Covid-19 !

Celles et ceux qui ont eu la chance de pouvoir lire mon essai savent que j’ai consacré un chapitre entier à démystifier l’énergie nucléaire tout en rappelant ses dangers extrêmes et sans équivalent, à l’exception de cette similitude entre le virus et la radioactivité : l’un et l’autre sont insaisissables, invisibles et sournois, laissant chacun d’entre nous dans l’incertitude de la contagion ou des effets des retombées radioactives sur notre santé.

Cette similitude m’a amené à penser aux personnes qui sont en charge du bon fonctionnement de nos installations nucléaires et c’est à partir de ce point que mon imagination est entrée en effervescence !

Nous sommes parfaitement conscients que des activités sont essentielles à la préservation de l’existence même de notre population, ce qui implique que les personnels œuvrant dans certains secteurs ne peuvent pas tous cesser le travail et se confiner chez eux. Il y a bien sûr les personnels de santé, héroïques parce qu’au contact direct des patients infectés par le virus, mais aussi toutes les professions qui permettent de produire, acheminer et distribuer l’indispensable alimentation. Nous connaissons aussi l’importance de l’énergie pour la satisfaction de nos besoins : le carburant pour les véhicules routiers encore autorisés à circuler, le gaz pour chauffer nos logements ou cuire nos aliments, et puis l’énergie électrique sans laquelle notre civilisation disparaîtrait tellement cette forme d’énergie est présente dans tous les interstices de notre vie et de notre environnement technologique. Là aussi, l’électricité est souvent indispensable pour la cuisson de nos aliments, le chauffage et l’éclairage de nos locaux, mais aussi pour communiquer sous diverses formes, pour rester informés, pour la production de denrées essentielles, sans oublier le secteur ultra-sensible des établissements de santé qui ne peut s’en passer!

Or, plus de 70% de cette énergie électrique est d’origine nucléaire dans notre pays. Ce qui implique que les personnels de ce secteur, qui emploie plus de 200 000 salariés, soient disponibles pour en assurer le fonctionnement continu dans le respect des mesures de sécurité les plus exigeantes, notamment dans les centrales nucléaires. Difficile dans ces conditions que les employés du nucléaire puissent exercer leur droit de retrait, mais qu’adviendrait-il si la contamination du virus réduisait le nombre de personnels valides en-dessous d’un seuil critique ne permettant plus de maintenir une centrale en fonctionnement ? Sans doute pourrait-on arrêter quelques réacteurs compte tenu de la baisse de consommation due à la mise en sommeil de nombreux secteurs d’activité, en France comme chez nos voisins européens à qui nous vendons de l’électricité. Mais au-delà de cette possibilité, ne serait-on pas tenté de faire fonctionner nos centrales ou centres de production de combustible nucléaire avec des effectifs réduits, ce qui ne manquerait pas de compromettre la sécurité de ces installations ?

Parvenu à un tel niveau de criticité, l’apocalypse pourrait survenir. Pour frapper encore plus l’imagination, si j’étais l’auteur d’une fiction tentant de décrire une situation particulièrement cauchemardesque, j’envisagerais un accident majeur type Tchernobyl, classé niveau 7 dans l’échelle INES (International Nuclear Event Scale) survenant dans la centrale de Nogent-sur-Seine située à 110 km au sud-est de Paris. A l’heure où j’écris ces lignes, les vents dans la région parisienne et dans le département de l’Aube où se trouve la centrale présentent un régime d’est qui ne manquerait pas de provoquer sur l’Ile de France des retombées radioactives considérables. Que se passerait-il alors ? Je laisse le soin à l’auteur éventuel du récit d’apocalypse consécutif à cet accident d’imaginer le scénario, mais il pourrait aller jusqu’à une peur panique des habitants de la région parisienne fuyant vers le sud de la France les radiations potentiellement mortelles, le plus loin possible du lieu de la catastrophe. N’a-t-on pas vu d’ores et déjà ce phénomène avec le coronavirus, avec nombre de résidents de la région Ile de France partis, pour ceux qui le pouvaient, se réfugier qui auprès de la famille proche en province, qui dans une maison de campagne, et ce, à la veille du confinement annoncé ! Qu’une centrale nucléaire puisse ainsi menacer une région de 13 millions d’habitants qui est le poumon économique et le centre de pouvoir de toute la nation paraît un risque inconsidéré, bien que relativement improbable, en temps normal, mais il pourrait devenir un risque élevé et fatal pour le pays tout entier dans les circonstances insolites de la pandémie du coronavirus…

Un article des Échos du 10 mars fait état de trois cas de personnels touchés par le Covid-19 dans les centrales de Fessenheim (Haut-Rhin), de Cattenom (Moselle) et de Belleville (Cher). Nous sommes le 21 mars, combien de nouveaux cas ont-ils été identifiés depuis le 10 mars ?

Pour tenir ma promesse faite il y a quelques mois, je vous livre un petit extrait de la page 170 en fin du chapitre III « Faut-il vivre dangereusement ? » :

« Peut-on envisager que notre village, notre ville, notre patrimoine historique et toute la nature qui les entoure soient désertés et abandonnés pour une durée indéterminée ? Est-il concevable que des centaines de milliers de personnes vivent une débâcle sans espoir de retour, déplacées du jour au lendemain à l’intérieur de leur propre pays pour fuir un ennemi d’autant plus redoutable qu’il est invisible ? »

 Chères lectrices, chers lecteurs, prenez soin de vous et n’oubliez pas que NEMESIS Remettons le monde à l’endroit est également disponible en version numérique à 9,99 €, pas 10 €, non, 9,99 € !

Bertrand

Responsables

Responsables

Une amie m’a fait parvenir hier un texte émanant de Raffaele Morelli, psychiatre et psychothérapeute italien, auteur de nombreux ouvrages. Comme vous le verrez (je vous livre ce texte en fin de mon billet), le docteur Morelli dit certaines choses qui ne font pas débat, hormis le fait qu’il nous laisse entendre que le cosmos serait un être pensant ayant entrepris avec le coronavirus de remettre en ordre le monde chaotique dans lequel nous vivons ; mais j’aurais mauvaise grâce à lui reprocher cette volonté supposée du cosmos à corriger nos excès quand j’ai moi-même mis en scène Maître Hasard dans le « conte cosmique » qui ouvre mon essai !

En revanche, je ne peux pas partager la conclusion de son propos. Il demande d’arrêter « la chasse aux sorcières » et de ne pas chercher les responsables du désastre actuel ! C’est une plaisanterie! Comme s’il ne fallait pas chercher, identifier et juger les pyromanes qui auraient mis le feu à une forêt ! Je n’arrive pas à comprendre comment il est possible qu’un monsieur dont le métier est d’aider les autres à réfléchir puisse écrire de telles inepties. Et c’est d’autant plus incompréhensible que les responsables sont tous parfaitement identifiés ; d’ailleurs, ils sont tellement décomplexés qu’ils se font connaître eux-mêmes et affichent leur luxe ostentatoire à grands renforts de supports médiatiques. Dans Némésis, j’avais évoqué le cas de Lakshmi Mittal qui, en 2004, avait dépensé 90 millions de dollars pour le mariage de sa fille au château de Versailles, exemple suivi plus tard par Carlos Ghosn ; celui-là, les Japonais ont tenté de lui faire rendre gorge, mais avec un succès mitigé. Pour connaître les noms des autres prédateurs de la planète, il suffit de consulter le classement Forbes des plus grandes fortunes. Ce sont eux et leurs complices du monde politique qui ont construit le monde insensé dans lequel a surgi le Covid-19, les peuples n’ayant guère eu d’autre choix que de les suivre dans cette voie mortifère tellement la pression de leur publicité et de leur propagande à coups de centaines de milliards de dollars est parvenue à « rendre le cerveau du téléspectateur disponible« , comme le disait avec un cynisme confondant feu Patrick Le Lay !

Je rappelle que l’Architecte de tous les mondes, vivement préoccupé par l’état du monde des humains, avait fini par poser la question suivante :

« Maître Hasard, est-il en votre pouvoir d’aider l’humanité à se sauver d’elle-même ou bien a-t-elle irrémédiablement pris son destin entre ses seules mains ? »

Il semblerait que Maître Hasard ait été entendu en nous envoyant le coronavirus puisque les maîtres actuels du monde s’entêtent à mener l’humanité à sa perte.

Bertrand

Les réflexions du docteur Raffaele Morelli  :

« Je crois que le cosmos a sa façon de rééquilibrer les choses et ses lois, quand celles-ci viennent à être trop bouleversées.

Le moment que nous vivons, plein d’anomalies et de paradoxes, fait réfléchir…

Dans une phase où le changement climatique, causé par les désastres environnementaux, a atteint des niveaux inquiétants. D’abord la Chine, puis tant d’autres pays, sont contraints au blocage ; l’économie s’écroule, mais la pollution diminue de manière considérable. L’air s’améliore ; on utilise un masque, mais on respire…

Dans un moment historique où, partout dans le monde, se réactivent certaines idéologies et politiques discriminatoires, rappelant avec force un passé mesquin, un virus arrive, qui nous fait expérimenter que, en un instant, nous pouvons nous aussi devenir les discriminés, les ségrégués, ceux qu’on bloque aux frontières, qui amènent les maladies. Même si nous n’y sommes pour rien. Même si nous sommes blancs, occidentaux, et que nous voyageons en première classe.

Dans une société fondée sur la productivité et la consommation, dans laquelle nous courons tous 14 heures par jour après on ne sait pas bien quoi, sans samedi ni dimanche, sans plus de pause dans le calendrier, tout a coup, le «stop» arrive.

Tous à l’arrêt, à la maison, pendant des jours et des jours.  À faire le compte d’un temps dont nous avons perdu la valeur, dès qu’il n’est plus mesurable en argent, en profit. Sait-on seulement encore quoi en faire ?

Dans une période où l’éducation de nos propres enfants, par la force des choses, est souvent déléguée à des figures et institutions diverses, le virus ferme les écoles et nous oblige à trouver des solutions alternatives, à réunir les mamans et les papas avec leurs propres enfants. Il nous oblige à refaire famille.

Dans une dimension où les relations, la communication, la sociabilité, se jouent essentiellement dans ce non-espace du virtuel des réseaux sociaux, nous donnant l’illusion de la proximité, le virus nous enlève la proximité, celle qui est bien réelle : personne ne doit se toucher, pas de baisers, pas d’embrassades, de la distance, dans le froid du non-contact.

Depuis quand avons-nous pris pour acquis ces gestes et leur signification ?

Dans un climat social où penser à soi est devenu la règle, le virus nous envoie un message clair : la seule manière de nous en sortir, c’est la réciprocité, le sens de l’appartenance, la communauté, se sentir faire partie de quelque chose de plus grand, dont il faut prendre soin, et qui peut prendre soin de nous. La responsabilité partagée, sentir que de nos actions dépendent, non pas seulement notre propre sort, mais du sort des autres, de tous ceux qui nous entourent. Et que nous dépendons d’eux.

Alors, si nous arrêtions la chasse aux sorcières, de demander à qui la faute et pourquoi tout ça est arrivé, pour nous interroger plutôt sur ce que nous pouvons apprendre, je crois que nous avons tous beaucoup de matière à réflexion et à agir.

Parce qu’avec le cosmos et ses lois, de manière évidente, nous avons une dette excessive.

Il nous le rappelle au prix fort, avec un virus. »

Annulation

Annulation

Compte tenu des dispositions prises au niveau national dans le cadre de l’épidémie du coronavirus, le salon du « Printemps des Livres » qui devait se dérouler les 28 et 29 mars à Lamotte-Beuvron est annulé

Je regrette beaucoup ces annulations de signatures et salons car mon essai fait largement écho à ce qui se passe actuellement, notamment sur les conséquences délétères de la mondialisation à outrance ou sur l’acharnement de nos dirigeants à affaiblir encore notre système de retraites et à ne pas « réparer » nos hôpitaux qui étaient déjà au bord de la rupture bien avant la crise du coronavirus.

Armons-nous de patience en espérant pouvoir remettre cette rencontre de Lamotte-Beuvron au printemps de 2021…

Portez-vous bien,

Bertrand

Morts prématurées

Morts prématurées

Quoi de plus anxiogène que d’entendre jour et nuit sur les chaînes de radio et de télévision la litanie des chiffres indiquant la progression du nombre de cas infectés par le Covid19 et du nombre de décès qu’il provoque ! Sans oublier les conséquences économiques, la menace du chômage partiel ou total et la perspective de voir ses revenus encore amputés quand ils sont déjà trop faibles. Et pour finir, l’incertitude totale sur la durée de cette crise sanitaire, économique et bientôt sociale.

Pourtant, ne devrions-nous pas mettre une situation aussi exceptionnelle en perspective, prendre du recul pour que l’arbre coronavirus ne nous cache pas l’immense forêt de la souffrance au quotidien de centaines de millions d’êtres humains dont le temps de vie est amputé de cinq ans, dix ans, voire plus, à cause d’un état de santé dégradé par de dures conditions de travail et par une qualité de vie médiocre liée à la faiblesse des revenus. Ajoutons que les conséquences sanitaires du changement climatique et de la pollution sont également autrement plus désastreuses que celles d’un virus de la grippe (sauf à remonter jusqu’à la Grippe espagnole) : selon l’INSERM, lors de la canicule de l’été 2003 le chiffre de surmortalité s’est élevé à 19 490 pour la France, à plus de 20 000 en Italie et à quelque 70 000 pour toute l’Europe ; quant à la pollution aux particules fines, elle serait à l’origine chaque année de 48000 morts prématurées rien que pour la France.

Loin de moi l’idée qu’il ne faille pas apporter toute l’attention requise pour endiguer la progression d’une maladie infectieuse comme le coronavirus, mais quand nos sociétés vont-elles enfin s’attaquer aux principales causes de ces morts prématurées qui constituent la pire forme d’inégalité quand elles trouvent une correspondance aveuglante avec les inégalités de revenus entre individus et de richesse entre les nations du monde ? Sur la période 2009-2013, l’INSEE indique qu’entre les individus hommes sans diplôme et ceux qui ont suivi des études après le baccalauréat, l’écart moyen d’espérance de vie à 35 ans est de 7,5 années ; pour les femmes, cet écart est de 4,2 années. Et il ne s’agit là que de moyenne ; dans cette période de résistance de la population aux attaques menées par le pouvoir en place contre notre régime de retraite, des exemples encore plus dramatiques ont été mis en lumière par certains médias comme la surmortalité particulièrement élevée des égoutiers parisiens qui conduirait, selon certaines sources, à une diminution de 17 années de leur longévité par rapport au reste de la population.

Loin de remédier à ces inégalités, tout ce que les dominants entreprennent contribue au contraire à les accentuer : partage des richesse de plus en plus inégalitaire entre les ultra-riches et le reste de la population, saccage systématique des ressources naturelles et de l’environnement, systèmes de santé au bord de la rupture, accélération de la division mondiale du travail avec de nouveaux accords de libre-échange qui entraînent un accroissement des émissions de GES et de polluants, et pour finir, dégradation continue de notre système de retraite imposant des départs de plus en plus tardifs de la vie dite « active ».

Pour conclure ce billet, je me contenterai de donner un court extrait de mon essai (p.387) :

« Parmi toutes les violences qui s’exercent dans ce monde, il en est une qui est silencieuse comme le temps qui passe, mais inacceptable : c’est celle qui consiste à réduire injustement pour des millions d’êtres humains cette chose si précieuse qu’est le temps libre en bonne santé. »

Bertrand    

Inconséquence

Inconséquence

Je l’avoue à ma grande honte, parce qu’on ne saurait se réjouir des milliers de décès prématurés provoqués par une épidémie, mais j’éprouve une certaine jubilation devant les conséquences économiques que commence à avoir l’épidémie du coronavirus. A mon sens, ces conséquences démontrent l’inconséquence de ceux qui ont tout fait pour généraliser à la planète entière une division du travail qui confine à l’absurdité. Comment peut-on par exemple avoir accepté de se rendre à ce point dépendants de la fourniture de médicaments essentiels au maintien de la santé de notre population en s’en remettant à des laboratoires chinois ou indiens ? Les médias et certains responsables politiques semblent découvrir maintenant ce qui est depuis longtemps une évidence : le commerce mondial sans entraves d’aucune sorte conduit à une somme de problèmes dont la solution demandera des années d’efforts pour certains d’entre eux, mais d’autres relatifs à l’environnement vont affecter durablement les générations à venir. Ainsi les militants du néolibéralisme ont-ils laissé les drogués du profit provoquer des pertes de savoir-faire en France et en Europe en délocalisant des pans entiers de notre industrie vers les pays-usines à bas coût. Il en va des laboratoires pharmaceutiques comme des ateliers de confection ou de la production de composants électroniques. Il serait peut-être temps que les maîtres du monde se préoccupent de la vie, celle des humains comme celle de toutes les espèces animales et végétales, et prennent la mesure des dommages parfois irréparables que provoque la primauté absolue du profit sur les principes humanistes de justice, de solidarité, de préservation de notre biotope et d’aspiration des peuples à la paix.

Ces commentaires nous renvoient à plusieurs parties de NEMESIS ; j’ai choisi un passage de la conclusion (p. 406) :

Nous percevons ainsi que nous ne pouvons résoudre tous nos problèmes sans aider à la résolution des problèmes des autres. Nous avons l’habitude de dire que nos sociétés sont constituées de rouages complexes, tous engrenés les uns aux autres. Nous avions vu au chapitre II que les échanges de richesse pouvaient se concevoir comme un système d’une complexité extrême, composé de milliards de tubes reliés entre eux par des robinets et des clapets. Ces représentations illustrent la totale interdépendance des activités humaines : un grain de sable dans les rouages ou une fuite dans les tuyaux peuvent perturber profondément l’ensemble du système.

Au niveau mondial, la seule cohérence de ce système est la liberté de commercer et d’engranger des profits. Pour le reste, chacun peut apporter des éléments supplémentaires au système sans qu’un concepteur ne soit là pour vérifier que ces nouveaux éléments se combineront pour former un ensemble harmonieux. Comme chacun a ses idées propres non seulement sur la manière de faire fonctionner le système, mais sur sa finalité même, construire un ensemble structuré et cohérent semble une mission impossible. A ces différences de conception s’ajoutent la diversité des cultures, les écarts de développement, la prise de conscience très inégale des enjeux environnementaux et bien d’autres facteurs qui touchent au poids des religions ou à la démocratie.

Bertrand

A l’envers plus que jamais ?

A l’envers plus que jamais ?

Visiteuses et visiteurs de salons littéraires ou clients de librairies où j’étais invité pour une dédicace de mon essai, combien d’entre vous venus bavarder avec moi se sont gentiment moqués de ce sous-titre « Remettons le monde à l’endroit » en me faisant remarquer qu’il y avait du travail pour parvenir à ce résultat ! Je dois reconnaître que cette remarque de bon sens se trouve malheureusement validée par les décisions prises au cours des deux dernières années par la Commission européenne dont la politique n’est rien d’autre que le reflet du consensus des chefs de gouvernement européens en faveur d’une économie d’orientation néolibérale qui donne la prééminence à la liberté de commercer ou d’investir ici et là sans contreparties en termes de droits humains, de conditions de travail, de protection sociale, de normes sanitaires proscrivant la présence de résidus toxiques dans nos aliments, ou soupçonnés de l’être par application du principe de précaution, et enfin de protection de l’environnement dans toutes ses composantes. Inutile d’examiner tous ces accords de libre-échange (ALE) qui ont été passés entre l’Union européenne et le Canada (CETA), le Japon (JEFTA) et Singapour.  

Je vais me contenter d’évoquer un peu plus longuement le nouvel ALE passé tout récemment entre l’Union européenne et le Vietnam. Signé le 30 juin 2019 à Hanoï, cet accord a été soumis le 12 février 2020 au vote du Parlement européen (PE) sans que ces évènements ne fassent les titres des journaux ou d’annonces dans les radios et les télévisions. Pourtant, faut-il répéter que l’accumulation de tels accords, rédigés de manière encore plus permissive que dans le cadre de l’OMC, supprimant par exemple la quasi-totalité des droits de douane, ont un impact considérable sur notre emploi (délocalisations, licenciements, précarité, stagnation des salaires), notre consommation, y compris notre alimentation, et plus largement sur l’environnement puisque ces accords vont générer encore plus de trafics maritime, routier et aérien, donc plus de pollution et plus d’émission de GES (Gaz à effet de serre). Il faut encore dire que le Vietnam n’est pas une démocratie, les droits de l’homme y sont bafoués, les conditions d’emploi très dures et les salaires indigents. Nombre d’organisations de la société civile ont tenté d’attirer l’attention de la Commission puis des députés du PE sur les conséquences de ce nouvel ALE. En vain !

Par 401 voix pour, 192 voix contre et 40 abstentions, les députés européens ont donné massivement leur aval à cet accord ! Notons également que le même jour, le PE a voté en faveur du financement de 55 projets gaziers en Europe. Est-ce ainsi que les dirigeants européens et le PE ont l’intention de concrétiser la profonde mutation écologique annoncée avec le « Green Deal » ?

Je voudrais tout de même terminer par une information qui laisse quelque espoir et m’incite à penser qu’il ne faut pas renoncer à remettre le monde à l’endroit. Dans le vote précité, les députés français se sont prononcés sur l’accord avec le Vietnam par 27 voix contre, 25 pour et 2 abstentions (je pourrai donner à ceux qui le souhaitent la répartition des votes par famille politique). Donc, si tous les pays européens avaient voté comme la France, ce nouvel accord avec le Vietnam aurait été rejeté ! Pour ce long billet, j’ai donc choisi un extrait de mon essai qui se veut résolument optimiste (p256) :

Toutefois, il n’est pas déraisonnable de penser qu’un projet de transformation de la société qui tourne résolument le dos au capitalisme financier et promeut un mode de développement soucieux de solidarité, de redistribution équitable des richesses et de protection de l’environnement, corresponde mieux à la culture gréco-latine qu’à la culture anglo-saxonne dans laquelle on peut englober l’Allemagne. Il n’est pas à cet égard inintéressant de noter que l’année 2015 avait commencé avec une belle victoire de la gauche en Grèce, pays méditerranéen entre tous. Il est donc plus probable qu’un tel tournant soit pris par la France ou l’Italie plutôt que par l’Allemagne. Si l’un de ces deux pays latins avait en plus le soutien de deux ou trois autres pays du pourtour méditerranéen comme la Grèce, l’Espagne et le Portugal, un effet de contagion pourrait naître parmi les autres peuples européens où l’on commencerait à percevoir qu’un modèle de développement radicalement différent est possible, bref, qu’un monde nouveau est non seulement accessible, mais que son avènement est indispensable à la reprise du développement humain.

 Bertrand

Accords de libre-échange

Accords de libre-échange

Les médias dominants en parlent peu et pourtant une activité fébrile se poursuit sans relâche et en toute opacité dans les services de la Commission européenne pour négocier et conclure de nouveaux accords de libre-échange (ALE). Ainsi l’accord commercial signé avec le Vietnam en juin 2019 va être soumis au Parlement européen au cours de ce mois de février 2020. Tout comme ceux entrés en vigueur début 2019 avec le Japon et Singapour, ce nouvel ALE est encore plus permissif que les accords conclus dans le cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Ainsi les droits de douane avec le Japon disparaîtront progressivement sur 97% des produits importés de l’empire du Soleil Levant ! Cette liberté totale de commercer n’est assortie d’aucun engagement contraignant sur les droits humains, les conditions de travail, la protection sociale ou celle de l’environnement, ce qui est particulièrement regrettable avec le Vietnam quand on sait que ce pays n’a pas encore ratifié plus de 57 conventions et protocoles de l’Organisation internationale du Travail (OIT). L’extrait ci-dessous (p 325 de NEMESIS) nous rappelle que les conditions de la concurrence dans le cadre de l’OMC étaient déjà particulièrement déloyales.

L’OMC a ainsi laissé se transformer la planète en un vaste terrain de jeu avec des règles établissant un régime de libre-échange, et ce en dehors de toute intervention et de tout consentement des peuples concernés, et sans qu’aient été établies par ailleurs des règles visant à garantir une concurrence plus loyale au travers de normes sociales, fiscales et environnementales plus proches de celles des pays développés. C’est comme si deux équipes de football devaient s’affronter sous l’autorité d’un arbitre qui ne tolérerait pas le moindre écart par rapport aux règles du jeu pour une équipe pendant qu’il fermerait les yeux sur les fautes commises par l’équipe adverse ; on imagine facilement laquelle des deux prendrait rapidement l’avantage.

Bertrand THEBAULT

Dirigeants apatrides

Dirigeants apatrides

Les retraites, toujours les retraites ! Mais je ne vais pas donner un nouvel extrait de NEMESIS au risque de trop déflorer ce sujet ; non, il faut que le lecteur ait le plaisir de découvrir dans le livre le cheminement original que je propose pour aborder cette question qui me semble tellement emblématique du niveau de développement humain dans une société.

C’est donc la saga Carlos Ghosn qui m’a fait choisir un extrait dans lequel j’évoque le statut d’apatrides de certains dirigeants ; en effet, l’ancien PDG de Renault-Nissan semble assez bien correspondre à ce statut avec ses trois passeports délivrés par la France, le Liban et le Brésil !

« Un argument souvent entendu pour rendre acceptables ces inégalités outrancières de salaires est que la compétition entre pays « obligerait » à verser ces super salaires, sans quoi ces dirigeants de haut vol quitteraient le pays qui s’aviserait de les modérer (ou de les imposer lourdement ; nous y reviendrons dans le chapitre V).

Ce raisonnement ne tient pas une minute car il signifie assez bizarrement qu’il existerait un domaine très particulier d’activités, celui de cadres dirigeants de haut niveau, dans lequel on ne trouverait que des individus se comportant comme des apatrides capables à tout moment de quitter leur pays d’origine pour aller s’installer dans n’importe quel autre pays pourvu qu’ils puissent y abriter en toute sécurité leur fortune. À supposer que ce soit le cas, n’est-il pas préférable alors que ces personnages aillent effectivement exercer leurs talents là où ils veulent, et qu’ils laissent la place à des citoyens honnêtes qui ont autant de compétences, mais ont envie de servir leur pays et leurs compatriotes plutôt que d’accroître sans limites leur fortune tels des Oncle Picsou des temps modernes ? De fait, pourquoi serait-il plus difficile dans un pays de trouver pour de grandes entreprises des dirigeants de qualité n’ayant pas des exigences extravagantes pour leur rémunération que de trouver de bons chercheurs, de bons médecins ou de bons ingénieurs qui se contentent de rémunérations décentes ? »

Pour avoir la réponse à cette question, continuer votre lecture de NEMESIS au chapitre II, pages 82 et 83…

Bertrand

L’Humain et la Machine

L’Humain et la Machine

Chères lectrices, chers lecteurs,

J’étais à deux doigts de ne pas tenir ma promesse de mettre chaque semaine un extrait de NEMESIS sur le blog en relation avec l’actualité. Celle ayant trait au conflit social provoqué par les propositions du pouvoir en place sur les retraites conserve sans conteste la tête du classement des sujets d’actualité. J’ai donc décidé de vous soumettre un nouvel extrait de la partie du chapitre V consacrée à ce thème.

« Pour montrer les limites du raisonnement que tiennent les promoteurs des réformes des retraites, interrogeons-nous d’abord sur ce qu’il adviendrait dans un monde imaginaire où la Machine prendrait en charge la quasi-totalité de la production. L’évolution du rôle de la Machine dans nos processus de production est depuis longtemps déjà une source d’inspiration des auteurs de science-fiction qui les conduit fatalement à imaginer des situations aussi extrêmes. En pratique, il y aurait si peu de gens en « activité » que le financement des « inactifs » deviendrait totalement impossible, quel que soit le système envisagé, par répartition ou par capitalisation. Cela démontre que le financement des retraites ne peut être réalisé seulement par prélèvement d’une fraction de la contribution des humains à la production de richesse ; il doit aussi l’être par une contribution appropriée de la Machine.

Pourtant, la remise à plat du financement des retraites n’a jamais été envisagée. Tout au plus a-t-on depuis vingt ans accumulé des réformes qui sont autant de cautères sur une jambe de bois avec pour résultats une diminution des revenus des retraités, une augmentation des années en emploi, une aggravation du chômage et un financement du système qui n’est pas assuré à long terme. »

Bertrand

Que le temps soit avec vous!

Que le temps soit avec vous!

J’ai pris une décision qui devrait aider les hésitants à lire l’essai auquel est consacré ce blog: je vais m’astreindre à y placer chaque semaine un extrait du livre qui fait écho à l’actualité du moment. Celle-ci étant largement dominée par le combat que mène un grande partie de la population pour éviter une nouvelle dégradation de notre système de retraites, je vous livre un extrait du chapitre V (pages 387) qui aborde cette importante question de société. J’en profite pour souhaiter de belles lectures à toutes et à tous en 2020 et par dessus tout, une excellente santé!

Bertrand

« Soulignons que ceux qui ont la malchance d’être les titulaires de bas revenus subissent le plus souvent une quintuple peine :

1 Conditions de travail difficiles ;

2 Salaire de survie ;

3 Qualité de vie médiocre ;

4 État de santé conduisant à une longévité réduite de plusieurs années et à une retraite amputée d’autant d’années;

5 Pension de misère.

Voilà qui nous rappelle qu’il est pour le moins paradoxal que l’on entende qu’il faille encore continuer à reculer l’âge de départ à la retraite dans un pays comme la France qui compte des millions de chômeurs et où l’âge moyen de sortie du monde du travail rémunéré se situe à 58,5 ans, comme nous l’avons déjà indiqué, tout cela parce que le mode de financement existant ne peut être résolu que par des mesures qui visent à réduire, année après année, le pouvoir d’achat des retraités et des cotisants, tout en privant de plusieurs années de temps libre les travailleurs les plus pénalisés par une moindre espérance de vie. Parmi toutes les violences qui s’exercent dans ce monde, il en est une qui est silencieuse comme le temps qui passe, mais inacceptable : c’est celle qui consiste à réduire injustement pour des millions d’êtres humains cette chose si précieuse qu’est le temps libre en bonne santé! »